Moustiques jusqu’en décembre : la nouvelle menace climatique

Des moustiques jusqu’en décembre : une saison qui s’allonge

En France métropolitaine, plusieurs espèces de moustiques restent actives jusqu’en automne. Avec le changement climatique, leur saison pourrait commencer plus tôt et durer plus longtemps, ce qui accroît le risque de transmission de maladies virales comme la dengue ou le chikungunya.

Alors que l’été touche à sa fin, les moustiques sont encore présents. Dans certaines régions, le mois de septembre peut même connaître une forte prolifération. Cela n’est pas surprenant lorsque les températures restent douces et que des eaux stagnantes favorisent le développement des larves. Les cycles de reproduction peuvent ainsi continuer en septembre et en octobre.

Mais jusqu’à quand devront-ils être tolérés ? La réponse dépend des conditions météo et des espèces de moustiques, explique Frédéric Simard, entomologiste et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement. En France, on dénombre environ 65 espèces, contre 3 500 dans le monde. Chacune a ses habitats, ses horaires d’activité et son calendrier de piqûres.

Les facteurs influençant leur activité

La température, l’humidité et la présence d’eau sont les principaux facteurs déterminant leur activité. La majorité des moustiques se développent mieux à des températures modérées à élevées. Pour le moustique tigre, notamment, la plage optimale se situe entre 20°C et 35°C. Selon Frédéric Simard, leur période d’activité s’étend actuellement de mai à fin novembre.

Une adaptation au changement climatique

Lorsque l’automne et l’hiver tardent à s’installer, certains moustiques adultes peuvent être présents jusqu’à la fin de l’année. Leur activité peut continuer tant que les températures ne descendent pas en dessous de 10°C de façon durable. Certaines espèces survivent à l’hiver sous forme d’œufs, d’autres à différents stades de leur cycle de vie. La fin de la saison ne signifie pas leur disparition totale, mais une forte réduction de leur activité visible.

Ce phénomène pourrait s’amplifier avec le changement climatique. Frédéric Simard met en garde : si l’hiver devenait permanent, parler d’une saison spécifique pour les moustiques n’aurait plus de sens.

En été, les canicules répétées ont temporairement réduit leur présence. Les températures extrêmes, supérieures à 35°C, nuisent à leur développement biologique. À environ 40°C, ils entrent en mode survie. À terme, leur présence pourrait devenir plus précoce, plus tardive et plus imprévisible, sans nécessairement augmenter en nombre au cœur de l’été.

Frédéric Simard souligne : « Les moustiques s’adaptent rapidement à la sécheresse, ils évolueront plus vite que nous face au changement climatique. »

Les effets attendus du changement climatique sur les moustiques

Le dérèglement climatique pourrait entraîner trois principaux changements dans les populations de moustiques en France :

  • Une saison plus longue : Avec un début plus précoce au printemps et une fin plus tardive en automne.
  • Une accélération de leur développement : La croissance de l’œuf à l’adulte pourrait être plus rapide lorsque les températures restent favorables. Cela pourrait permettre à plusieurs générations de se succéder au cours d’une même année.
  • Une capacité accrue à transmettre des virus : La période pendant laquelle un moustique devient infectieux après avoir piqué une personne malade pourrait se raccourcir si les températures restent élevées. Ainsi, les moustiques ont plus de chances de transmettre des maladies avant de mourir.

Une saison pouvant durer jusqu’à deux mois de plus

Une étude publiée en août dans Global Change Biology prévoit que la saison d’activité du moustique tigre pourrait s’étendre de un à deux mois d’ici 2085. À Bordeaux, par exemple, elle pourrait passer d’environ 211 à 269 jours par an. À Montpellier, cette période pourrait atteindre 282 jours, soit près de trois quarts de l’année.

Selon le scénario le plus pessimiste, 89 à 96 % de la France métropolitaine pourrait devenir climatiquement favorable à l’installation du moustique tigre d’ici la fin du siècle. Sur certaines parties des littoraux méditerranéen et basque, l’activité pourrait ne plus connaître d’interruption hivernale.

Ces prévisions soulèvent des inquiétudes concernant la propagation de maladies virales transmises par ces insectes, telles que la dengue, le chikungunya, le Zika ou encore la fièvre du Nil occidental. Cependant, les autorités sanitaires assurent être prêtes à faire face à ces risques.

Depuis 2019, la Direction générale de la santé (DGS) a anticipé l’impact du changement climatique sur les arboviroses. La lutte antivectorielle est encadrée par un décret et un arrêté, et la gestion est confiée aux Agences régionales de santé (ARS). Le budget consacré à cette mission a été augmenté de près de 40 % en 2025.

La réglementation va continuer à évoluer d’ici 2027, afin de mieux s’adapter aux retours d’expérience régionaux, aux recommandations d’experts et à l’augmentation potentielle des situations à risque épidémique.

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